Belote.

C’est apaisant de regarder des carreaux. On les compte, on les recompte, certains n’ont pas la même couleur. Ils sont plutôt froids en cette période de l’année.

On s’attarde sur les séparations en passant le pouce le long du joint. On se rend compte alors que quelques-uns sont un peu plus hauts, ou bien un peu plus bas que d’autres.

On pense pouvoir y apercevoir son reflet, mais ce ne sont généralement que des jeux d’ombres et de lumière ; peut-être une silhouette entière.

Cependant, si on s’en approche assez, on peut imaginer des univers entiers.

À prestu.

« Ne te tourmente pas, mon père, parce qu’on m’appelle chien, que je suis vêtu d’un double tribôn, que je porte une besace sur les épaules et que j’ai un bâton en main :

en effet il ne vaut pas la peine de te tourmenter pour ce genre de choses, il faut plutôt t’en réjouir, parce que ton fils se contente de peu et qu’il est affranchi de l’opinion, à laquelle tout le monde est asservi, aussi bien les Grecs que les barbares :

en effet ce nom, outre qu’il n’a pas de rapport naturel avec les choses et qu’il n’est qu’un symbole, est glorieux d’une certaine manière.

Car, si on m’appelle chien, c’est celui du ciel, et non de la terre, parce que c’est à lui que je me rends semblable, en vivant non point selon l’opinion, mais selon la nature, libre sous la seule autorité de Zeus, n’imputant le bien qu’à lui et non à mon semblable.

Quant à mon équipement, Homère écrit qu’Ulysse, le plus sage des Grecs, l’a porté, quand, revenant d’Ilion, il rentra chez lui, conseillé par Athéna, et il est si noble qu’on s’accorde à y voir une invention non point humaine, mais divine :

“Pour commencer, la déesse lui donna pour vêtements un haillon et une tunique misérables, sordides, souillés d’une fumée dégoûtante, puis elle jeta sur lui la grande peau d’un cerf rapide, toute râpée, et lui donna un bâton et une vilaine besace, toute trouée, avec un bout de corde pour courroie.”

Rassure-toi donc, mon père, aussi bien pour le nom qu’on me donne que pour mon équipement, puisque le chien est d’ordre divin, et que l’autre est une invention divine. »

Diogène, lettre à Hikétas.

Quelque part, au nord de l’île de beauté, 2016.

Une chanson pour les enfants

Les paroles :

La terre est une crotte de nez
Que dieu avait dans son nez
Il en a fait une boulette
Qu’il a jeté au-dessus de sa tête

Tous les anges ont dégueulé
C’est comme ça que la terre est née
Y a rien de pire que l’ignorance
On s’instruit pendant qu’on danse

Cucu la praline
Caca chocolat
Cucu la praline
Caca chocolat

Chocolat chocolat chocolat !

L’estomac des ruminants
A quatre compartiments
Dont un non-fumeur
Attention au contrôleur

Celui qui fume dans la panse
Aura une contredanse
Y a rien de pire que l’ignorance
On s’instruit pendant qu’on danse

Cucu la praline
Caca chocolat
Cucu la praline
Caca chocolat

Chocolat chocolat chocolat !

La femme est l’avenir de l’homme
Dit le poète quand il déconne
La femme est l’avenir de l’homme
Qu’on chante pour flatter la conne

Rien n’est l’avenir de personne
Sauf l’asticot qui consomme
Y a rien de pire que l’ignorance
On s’instruit pendant qu’on danse

Cucu la praline
Caca chocolat
Cucu la praline
Caca chocolat

Chocolat chocolat chocolat !

Entre la bouche et l’anus
Relié par un boyau
60 centimètres pas plus
De distance à vol d’oiseau

Et quand on s’roule un patin
La langue est dans l’intestin
Y a rien de pire que l’ignorance
On s’instruit pendant qu’on danse

Cucu la praline
Caca chocolat
Cucu la praline
Caca chocolat

Chocolat chocolat chocolat !

Quand on veut se suicider
On s’allonge sur la couche
On se tire une balle dans la bouche
Mais avant de l’avaler

Faut surtout bien la mâcher
Si l’on veut la digérer
Y a rien de pire que l’ignorance
On s’instruit pendant qu’on danse

Cucu la praline
Caca chocolat
Cucu la praline
Caca chocolat

Chocolat chocolat chocolat !

Le supplice de la baignoire
Avec dedans du caviar
Est beaucoup plus supportable
Qu’avec de l’eau non potable

Souvent par timidité
Le client n’ose pas demander
Y a rien de pire que l’ignorance
On s’instruit pendant qu’on danse

Cucu la praline
Caca chocolat
Cucu la praline
Caca chocolat

Chocolat chocolat chocolat !

Ah, putain qu’est-ce qu’il est con, l’professeur Choron.

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