Les comptes de Crésus.

« Ainsi vint-il, pour visiter sa capitale, des curieux de tous les points du monde, et Crésus les encourageait fort, car il aimait la célébrité. Un jour, on lui présenta un Athénien qui voyageait et qui venait d’Egypte. C’était Solon, un homme fort sage, célèbre lui aussi, quoique d’une autre façon que Crésus. Ses concitoyens avaient en lui tant de confiance qu’il avaient réclamé un code de sa main. Solon, ayant établi d’excellentes lois à Athènes, voyageait un peu pour s’instruire et se reposer.

Crésus ne douta pas que ce petit homme, fils d’un pays où la chèvre grignote plus d’épines que de sainfoin, ne dût être ébloui à la vue de ses trésors.

-Qu’on les lui ouvre tous, commanda-t-il.

Des guides obligeants promenèrent à loisir le visiteur du haut en bas des palais. Ils lui firent remarquer les tapis, les pièces de pourpre, les bassins gigantesques en métaux précieux, les statues d’ivoire et d’or, les vases de pierre dure. Ils le conduisirent aux chambres fortes où ils ne lui épargnèrent ni un cimeterre incrusté, ni un lingot, ni un chapelet de perles. Solon, peu communicatif sans doute, ne broncha pas.

Un peu déçus, les guides ramenèrent l’étranger devant le roi.

-Eh bien, mon hôte, s’écria ce prince débonnaire, es-tu satisfait ? J’ai entendu vanter ta sagesse naturelle et la grande expérience que les voyages y ont ajoutée. Dis-moi, de tous les hommes que tu as vus, quel est le plus heureux ?

Solon s’inclina poliment et répondit :

-Prince, c’est Tellos d’Athènes.

-Comment cela ? s’exclama Crésus, surpris, car la réponse n’était point celle qu’il attendait.

Solon s’expliqua :

Tellos était citoyen d’une ville prospère. N’est-ce pas déjà un grand bonheur ? Ses enfants, tous beaux et vertueux, eurent à leur tour des enfants beaux et vertueux qui tous vécurent. Sa fortune était convenable. Enfin, il mourut de façon enviable. Il combattit pour sa patrie, se conduisit si vaillamment qu’il décida de la victoire et trouva sur le champ de bataille la plus glorieuse des morts. »

Le plus heureux des hommes, extrait.

Souvenir.

C’était un après-midi d’été, au moment où le Soleil choisit des teintes plus douces. Au milieu de ces gens étranges se tenait un parc. Au milieu de ce parc se tenait un arbre auquel était adossé, d’un côté, un banc, et de l’autre côté, un instrument.

Philippe, Hypermnésie Photographique, 2016.

Est-ce que ce monde est sérieux.

« Je suis en état d’érection intellectuelle permanente, et tout vient au devant de mes désirs. Ma corrida liturgique prend corps. Beaucoup commencent à se demander si elle n’a pas déjà eu lieu. Des curés courageux s’offrent à danser autour du taureau, mais étant donné les très grandes conditions ibériques et hyperesthétiques de l’arène, la plus forte excentricité consistera à substituer à l’enlèvement plat et circulaire du taureau par les mules ordinaires, un enlèvement par élévation verticale grâce à un autogire, instrument mystique par excellence et qui tire sa puissance de lui même comme son nom l’indique. Pour exacerber encore plus le spectacle, il est nécessaire que l’autogire emporte le cadavre très haut et très loin, sur la montagne de Montserrat par exemple, pour que les aigles le dévorent afin que soit réalisée pseudo-liturgiquement une corrida comme on en a jamais vu. »

Sa Sainteté Dalinienne, les moustaches radar, 10 Mai 1956.